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Après la publication de mon interview de Jean-Michel Aulas hier (ici en version “finances”, là en version complète), je n’ai pas été surpris de voir que le principal passage que l’on en retenait était le commentaire du président de l’Olympique lyonnais sur Laurent Blanc :

“Nous n’avons officiellement pris de contact avec personne. Laurent Blanc est un entraîneur que l’on connaît bien, qui a clairement dit qu’il espérait revenir en France, maintenant on en est là. Nous communiquerons fin mars sur l’évolution de nos visions sur ce dossier, et nous ne dirons rien avant d’avoir pris une décision.”

Ce qui est intéressant, c’est ce que ce commentaire ne dit pas. En substance, oui, Laurent Blanc est une option sérieuse. De manière plus surprenante, il ne s’est pas accompagné de commentaires pouvant laisser à penser qu’une prolongation du bail de Génésio était privilégiée – type “on connait Bruno, il a un bilan formidable et de bonnes idées, c’est un gars de la maison et nous cherchons la stabilité”.

Or, celui qui est l’entraîneur de l’équipe première depuis le 24 décembre 2015 cristallise autour de sa personne de nombreuses critiques : beaucoup de supporters lyonnais veulent le voir tomber pour créer une nouvelle dynamique au sein d’un groupe qui semble clairement choisir ses matchs. Je ne leur jette pas la pierre. Ainsi m’est-il arrivé, après le 0-5 à Paris ou avant le match à City (quel flair…), de tweeter que Bruno n’était pas mon héros.

Moi aussi, j’ai péché

Moment autocritique : moi aussi, je l’ai critiqué sans aucune honte. Je lui reproche, sur la seule base de mon avis de benêt sur les matchs de l’OL que je vois, de ne pas savoir insuffler cet “esprit de la gagne” à ses joueurs. De les laisser jouer à la ba-balle contre Angers, Strasbourg ou Toulouse, de les regarder perdre des matchs ou ne pas avoir d’envie contre des équipes a priori plus faibles. De ne prendre que rarement des décisions qui changent le cours d’un match (mais merci pour l’entrée de Dembele à Sainté). De laisser ses joueurs n’être motivés que par les matchs contre City ou le PSG, et de ne pas être capable de leur faire comprendre que MERDE, NOUS SOMMES L’OLYMPIQUE LYONNAIS ET FAIRE 2-2 SUR LE TERRAIN DE TOULOUSE C’EST LA LOOSE.

Mais puisque le ressenti ce n’est pas un argument, et que les chiffres ne mentent pas, voyons s’il parvient à faire mieux que ses prédécesseurs récents – soit ceux de l’époque post-“titre tous les ans”.

Génésio en chiffres

Ainsi, Bruno Génésio présente le bilan suivant, selon les données de Transfermarkt (actualisées après le match contre Montpellier) :
– 95 victoires, contre 36 nuls et 44 défaites ;
– soit 54,29% de victoires ;
– 368 buts pour, 226 contre ;
– 321 points glanés, soit 1,83 points par match.

Même travail pour les autres coachs maintenant…

Hubert Fournier :
– 35 victoires, contre 15 nuls et 22 défaites ;
– soit 48,61% de victoires ;
– 120 buts pour, 83 contre ;
– 120 points glanés, soit 1,67 par match.

Rémi Garde :
– 86 victoires, contre 36 nuls et 46 défaites ;
– soit 51,19% de victoires ;
– 283 buts pour, 203 contre ;
– 294 points glanés, soit 1,75 par match.

Claude Puel :
– 76 victoires, contre 43 nuls et 37 défaites ;
– soit 48,72% de victoires ;
– 254 buts pour, 167 contre ;
– 271 points glanés, soit 1,74 par match.

Alain Perrin :
– 35 victoires, contre 9 nuls et 11 défaites ;
– soit 63,64% de victoires ;
– 101 buts pour, 53 contre ;
– 114 points glanés, soit 2,07 par match.

Au final, si l’on s’en tient au pourcentage de victoires ou au nombre de points par match, le constat est sans appel : Bruno Génésio est le meilleur entraîneur de l’OL depuis Alain Perrin – licencié notamment pour son incapacité à mobiliser ses joueurs.

Mais un autre élément fait tiquer les supporters : les défaites. Pas en pourcentage, non : 25,14% pour Génésio, dans la lignée des 27,38% pour Garde, 23,72% pour Puel et 20% de Perrin – loin des 30,55% pour Fournier cependant, qui n’avait pas été débarqué pour rien non plus.

C’est surtout les noms des équipes qui ont réussi à faire tomber l’OL qui chagrine : à domicile (Gerland et Groupama Stadium confondus), Lyon s’est incliné contre Guingamp (certes au terme d’une séance de penalties), Lorient, Rennes (deux fois !), ou encore Strasbourg. À l’extérieur, on retiendra par exemple des défaites à Reims, Caen, Guingamp, ou Lorient et Bastia. À ces résultats, on peut ajouter des nuls contre Nantes, Angers ou Strasbourg, autant de matchs qui, sans faire injure à ces clubs, auraient dû être gagnés.

Bilan, sur les deux saisons complètes de Bruno Génésio à Lyon, de beaux coups d’éclat (victoires contre Paris, Saint-Etienne, un parcours intéressant en Europa League…) mais aussi à chaque fois plus de 10 défaites en championnat. Insuffisant pour être ambitieux et espérer finir à moins de 20 points du champion de France.

“Un p’tit FIFA ?”

Quitte à parler des adversaires, j’ai essayé d’ailleurs de répondre à la question suivante : Bruno Génésio souffre-t-il d’une concurrence nationale plus relevée, avec une équipe plus faible ? Autrement dit, fait-il avec les moyens du bord ?

Autant dire qu’il est impossible de répondre à cette question de manière formelle, sans trop s’appuyer sur du ressenti. Je me suis donc amusé à comparer l’OL à ses principaux adversaires… dans les notes sur les versions successives de FIFA – puisque les joueurs eux-mêmes y prêtent une grande attention, pourquoi ne pas en faire de même après tout ?

Pour info, les notes étant régulièrement mises à jour, j’ai choisi à chaque fois la note après la fin du mercato estival. Pourquoi ? Pour éviter l’effet de rattrapage d’EA, type “merde bon finalement Metz ils sont nuls, hop 2 étoiles et des pieds carrés pour Nolan Roux” mais prendre en compte l’effectif réel avec lequel les équipes commencent les saisons.

Ainsi, voici le top 5 en Ligue 1 dans FIFA 19 (saison 2018/2019) :

Le top 5 en Ligue 1 dans FIFA 18 (saison 2017/2018) :

Le top 5 en Ligue 1 dans FIFA 17 (saison 2016/2017) :

Et le top 5 en Ligue 1 dans FIFA 16 (saison 2015/2016, arrivée à l’intersaison de Génésio) :

Qu’y constater ? Que l’OL n’a jamais paru aussi faible qu’au début de la saison 2017/2018, virtuellement 5e meilleure équipe. Et pourtant troisième au classement final. Que Lyon n’a pas été considéré comme la plus douée des équipes de France derrière le PSG depuis deux éditions – même si là encore, l’écart avec le club de la capitale étant déjà grand. Enfin, que Bruno Génésio a dû composer avec un effectif à la qualité relativement constante depuis son arrivée sur le banc, tout comme il a fait face à des adversaires globalement de même niveau au fil de ses quatre saisons (deux complètes, une demie et une en cours) sur le banc lyonnais.

(encore une fois, je mesure le peu de crédit que l’on peut apporter à des statistiques issues d’un jeu vidéo, mais je trouvais l’exercice amusant)

Bilan ? Chiffres à l’appui, le bilan de Bruno Génésio n’est pas catastrophique, loin de là. Il n’a pas été un moins bon entraîneur que ses prédécesseurs, même s’il n’a pas vraiment fait mieux. Il lui manque néanmoins un coup de génie tactique, cette impression qu’il est capable de transcender ses joueurs, ce charisme aussi, pour que l’envie disparaisse franchement de dire qu’il faut ouvrir, à l’Olympique lyonnais, un nouveau cycle. Et repartir d’une page… blanche.

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